Parole d'Intrépides #1

Parole d'Intrépides #1

12 min | 21/11/2019

Tad, le Petit Prince de la réparation mobile

J’ai rencontré Tad sur un terrain de basket parisien. Une vraie pile électrique. Et bien plus encore. Tad est aussi un Entrepreneur unique en son genre. Un passionné. Co-Fondateur de Mobile HS, société de réparation mobile, Tad amène un vent nouveau dans un secteur mal connu qui fait pourtant partie de notre quotidien: Qui n’a jamais explosé l’écran de son smartphone ?

Voici un(petit) bout de son histoire !

 

10 Leçons à retenir:

1. Tous les chemins peuvent mener à l’entrepreneuriat.

2. Délivrer un travail de qualité finit toujours par payer.

3. Privilégier l'action plutôt que la (sur)planification.

4. Bien se diviser les tâches entre associés.

5. Trouver la formule qui marche, ça prend du temps.

6. Se focaliser sur les BONS CLIENTS pour progresser.

7. Faites du sport ! 

8. Entreprendre ouvre beaucoup de portes.

9. Sois intègre et les gens deviendront tes ambassadeurs.

10. Sois fier de ton parcours, c’est ton histoire, ta force !

 

ND: Alors la dernière fois, tu me parlais de tes déboires avec les statuts...

T: Quand on a commencé le truc, j’ai commencé en tant qu’auto-entrepreneur puis je suis passé rapidement en SAS. Mais ensuite, on a dû fermer le statut SAS. En fait à l’époque, je travaillais à côté pour un opérateur téléphonique. Du coup, quand ils m’ont repéré, j’ai dû former la SAS récemment formée. Bref, c’était une usine à gaz de ouf.

Comme on avait des clients et l’opportunité, on a voulu saisir l’occasion et se lancer rapidement. Mais maintenant, on essaie d’aplanir les choses. D’ici la fin de l’année, tout devrait rentrer dans l’ordre.

 

ND: Et maintenant, ça donne quoi maintenant au niveau juridique ?

T: On a créé une nouvelle société. Cette fois, la société est au nom d’un autre associé.



ND: OK, et d’ailleurs, vous êtes combien d’associés dans la nouvelle société ?

T: Pour l’instant, on est 1 gérant et 4 salariés dans la nouvelle société. Mais c'est du temporaire. Là, on va changer (encore) les statuts pour passer à 4 associés et 1 salarié (un technicien).

 

ND: À ce qu’il parait, les histoires d’associés ça peut très vite se compliquer, notamment concernant la répartition des parts.

T: Exactement. À terme, on souhaite faire une répartition égalitaire entre les associés comme ça, on est sûr qu’aucune décision ne sera prise si la majorité des associés ne sont pas d’accord.

 

ND: Comment as-tu rencontré tes associés ?

T: Ça, c’est une histoire incroyable. À la base, on se connaissait pas. Le premier(Max), je l’ai rencontré au cours d'une session Pôle-Emploi. Ensuite, on est passé à 3, en intégrant Bachir. À cette époque, j’avais encore ma SAS. Et le 4ème c’était un de nos clients, Imran. Il avait déjà son business et il l’a lâché pour venir s’associer avec nous.

 

ND: Et niveau investissement, comment tu t’es débrouillé pour le financement ?

T: Ben, au tout début, quand il fallait trouver les fonds, personne nous les a donnés. Donc on a dû les trouver nous-mêmes. Là, tu vois, j’ai investi mes économies et j’ai trouvé les moyens avec ma banque qui m’a accordé un prêt. Comme il ne voulait pas me faire un prêt pro, et bien je suis passé par un prêt perso que j’ai ensuite injecté dans la société.

 

ND: Ah oui ! Plein de Détours, quoi !

T: Ouais. Au tout début, on a essayé de faire les choses en empruntant les voies classiques, mais on a pas arrêté d’être bloqué (notamment par rapport au statut juridique) . Du coup, on est surtout passé par des Chemins de Traverse pour lancer l'activité. Maintenant que les choses sont en place, on essaye de rendre les choses carrées.

Quand tu gagnes pas d’argent, à la limite tu t’en fiches un peu. Mais à partir du moment où tu commences à avoir du chiffre d’affaires, t’es obligé de faire les choses bien pour éviter les soucis avec l'URSSAF. 

 

ND:Dis-moi Tad, ça a été quoi le déclic pour te lancer dans le monde de la réparation mobile ?

T: À la base, j’ai fait des études biomédicales. Après j’ai travaillé à l’ANFR(NDLR - Agence Nationale des Fréquences). Elle s’occupe du passage au numérique. J’avais un budget et je devais dire si on accordait ou pas le financement pour passer à la télévision numérique. Après bon...je trouvais que j’étais pas assez payé par rapport au niveau de responsabilités que j’avais.

 

ND: Et comment tu passes de l’ANFR à l’entrepreneuriat dans le monde mobile?

T: Après l’ANFR, j’ai travaillé chez SFR pendant 2 ans dans le service commercial dédié à fibre optique. Cela m’a permis de prendre une posture commerciale. J’avais déjà des bases naturelles au niveau commercial et là j’ai vraiment pu les mettre en pratique et choper des contacts. Ensuite, j’ai bossé chez FREE. C’était pas génial-génial, mais cela m’a permis d’avoir un CDI, un poste stable. 

Quand j’étais chez SFR, j’étais libre. Je pouvais bosser 1h/jour . Tant que je faisais mon chiffre, il n’y avait pas de problème. Mais dès que je suis parti bosser chez Free, j’ai commencé à avoir des horaires imposés. J’ai essayé de lancer des initiatives (club de basket, poésie), mais je voyais bien que ça n’aboutissait à rien.

Et puis, j’ai très vite vu que ça allait être compliqué d’aller très haut chez FREE. 

Du coup, dès que j’ai eu l’occasion je me suis dit que j’allais démissionner pour me lancer. C’est avant d’en partir que j’ai rencontré Max et là on a commencé notre activité avec Mobile HS. Les gens nous disaient de faire des business plans, mais le problème c’est que quand tu fais ça, tu repousses le moment où tu passes vraiment à l’action.

Dans notre approche, on s’était dit qu’on irait d’abord chercher des clients et qu’on verrait ensuite pour l’administratif. Tu vois, on a pas forcément fait dans le sens “classique”: On a d’abord lancé et ensuite on a avisé. On voulait d’abord voir si ça marchait. Et c’est le cas, là on a ouvert une deuxième boutique.

Selon moi, ce qui est important c’est de pas être sur un secteur hyper concurrentiel et d’avoir des gens qui sont calés dans ce qu’il faut. Aujourd’hui, en réparation on a deux gars qui sont très très forts et ça change tout.

 

ND: Niveau argent, comment vous gérez ce qui vous revient et ce que vous investissez dans le business ?

T: T’as certaines quantités d’argent qui circulent, mais c’est surtout de “l’argent qui vit”. On en prend une petite partie, mais si tu en prends trop le business ne vit plus. Le fait d’avoir une seconde boutique, ça va nous permettre d’avoir plus de liberté au niveau des salaires. Si tout se passe bien là, je devrais pouvoir prendre entre 1,500-2,500€ par mois.

 

ND: Top ! Du coup, t’arrives à te payer. C’est pas si courant chez les entrepreneurs.

T: Heureusement qu’on se paye sinon j’aurais arrêté. Le faire sans se payer, je n’aurais pas pu. Je ne dis pas que c’est facile. T’as des mois difficiles. 

 

ND: Entre associés, comment vous vous répartissez les différentes tâches ?

T: Les RH, ont est 3 dessus. Max et moi on propose quelqu’un et Bachir, l’associé avec la casquette technique, s’occupe de la validation technique. 

La Comptabilité, c’est Imran et moi. On la fait tous les deux en ensuite, on l’envoie à un comptable extérieur. 

La Gestion des Stocks c’est Imran. Comme il est moins présent à la boutique, ça nous arrange. Et puis, c’est lui qui est en contact avec le comptable. Avant, on ne se prenait pas trop la tête on achetait le stock directement, mais ça aboutissait parfois à des achats un peu impulsifs surtout quand on voulait conclure une vente dans l’Urgence.

Là en centralisant tout avec Imran, ça “ralentit” le circuit de décision et cela nous permet de faire des choix plus posés concernant les Achats. Comme il est plus calme, ça contrebalance bien nos tempéraments plus foufous !

Pour les Démarchages commerciaux (petits clients), c’est Max, il a plus de culot. 

Pour les Démarchages commerciaux (gros clients). C’est moi, comme j’ai un peu plus de recul pour m’adresser à ce type de clients. Par gros clients, j’entends, les entreprises, élus locaux, associations d’entrepreneurs.

 

ND: Au fait, c’est quoi la philosophie de MOBILE HS ?

T: Des réparations de qualité et de proximité. Avoir du client 100% content. Et ça, cela passe par un peu de tri au niveau des clients avec qui on décide de travailler. On a des règles de fonctionnement, notamment en termes de qualité et on s’y tient. On a pas envie de se fatiguer sur des clients qui ne vont pas générer de retour. On ne répare les portables que si nos conditions sont validées par nos clients.

C’est ce qui nous permet d’assurer des prestations de qualité. Mais tu vois faire le tri des clients, on a eu beaucoup de mal à le faire au départ. Quand tu commences, tu veux être ouvert à tous, mais c’est compliqué. Tu sais, il y a des gens qui ne veulent pas un service correct et de qualité. 

Nous, ce qu’on aime voir, c’est la diversité des gens qui côtoie nos boutiques, il y a des jeunes, mais aussi des petits vieux. Justement avec eux, ça se passe bien. Ils sont plus orientés qualité, ils comprennent qu’on prend le temps de faire les choses bien. 

Au début, notre entourage nous disait de baisser les prix, mais en faisant ça on n’avantage personne. Si on fait ça, on ne peut pas faire de la qualité, du coup les clients ne sont pas satisfaits et à la fin tu coules. Baisser les prix, cela nous aurait forcés à fermer la boutique. Mais ça, tu l’apprends sur le tas.

 

ND: J’imagine. Au début, cela ne devait pas être si évident.

T: Avant de te lancer, tu peux apprendre certaines choses de manière théorique, mais ce n’est pas la même chose que s’y confronter. 

ND: Justement, il vous a fallu combien de mois pour savoir que le modèle tenait la route ?

T: Hmm, pas la première année. La première année, on était tout le temps en galère, on faisait notre clientèle. À cette époque, je travaillais encore à côté pour joindre les deux bouts. En gros, il nous a fallu un an et demi pour que ça prenne vraiment.

 

ND: Donc pendant un moment tu as géré, ton emploi et la boîte simultanément. Cela a duré combien de temps ?  

T: J’ai quitté FREE en novembre 2018 et ça faisait déjà un an que je m’étais lancé. C’est seulement au moment où on s’est dit que c’était viable que j’ai lâché le taf chez FREE.

 

ND: Gérer cette double casquette, c’est quand même intense comment t’as tenu le coup physiquement ?

T: Quand j’étais étudiant, j’avais 3 jobs. J’ai toujours fait beaucoup de sport. Et l’énergie que j’avais dans le sport, j’ai réussi à la réinjecter dans le business. Quand tu te lances à ton compte, tu fais des rencontres que tu ferais jamais sinon. Et quand tu croises les autres et qu’ils savent que tu es entrepreneur, ça impose quand même le respect.

Ça va plus loin que les questions du type: “combien tu gagnes ?”. Il y a une sorte de respect qui s’impose. Quand je me suis lancé, ce n’était pas encore la mode de "tout le monde est entrepreneur" etc.(NDLR”La Start-up Nation”). Je ne suis pas entrepreneur pour l’effet de mode.

 

ND: Et maintenant ? Les galères sont de moins en moins fréquentes,j’imagine.

T: Ouais. Maintenant qu’on a la seconde boutique qui ouvre, on ne peut que progresser. On a de plus en plus de clients, des gens qui parlent de nous. Là, nos clients sont nos propres ambassadeurs. Ça commence à prendre de l’ampleur. En fait, il y a pas mal de  gens qui veulent qu’on réussisse, qui nous nous aident. Au début, les gens étaient un peu sceptiques, mais maintenant on fait partie du paysage.

ND: Mais dis-moi comment vous faites pour trouver vos clients ?

T: Au début, on se faisait jeter. On a essayé d’envoyer des mails, on allait voir les gens directement. Mais on a rapidement vu que ce n’était pas judicieux. En fait, personne ne t’introduit. Maintenant, quand on fait des rencontres, ce sont nos clients qui nous introduisent et ça se passe beaucoup mieux. Au début, j’ai essayé d’approcher une association du 95, je me suis fait jeter.

Mais assez récemment, le président est venu à notre boutique pour nous relancer. Il a vu qu’on se faisait une petite réputation et donc il nous a conviés à leur réunion.  

ND: Bref, quand tu connais personne c’est la galère !

T: C’est ça ! Un jour ! Un client est venu à la boutique. On lui a fait la réparation. Il était super satisfait. Du coup, il est revenu à la boutique pour nous dire qui il était: une personne importante dans la ville. Et lui, il voulait nous aider. Mais bon, ce n’est pas toujours comme ça.

Certaines personnes ne supportent pas de voir que tu t’arraches. Par exemple pour les locaux, ça a été compliqué de trouver. À chaque fois, on a dû se rabattre sur des seconds choix.

 

ND: Tu penses que c’est dû à quoi cette mentalité ? C’était quoi l’origine des obstacles ?

T: Il y a un peu de tout. Il y a du racisme, les gens ne te connaissent pas et ne veulent pas te voir là. Et puis, il y a aussi les clichés concernant les entreprises de téléphonies. Les gens, quand ils voient quatre mecs d’origine étrangère faire de la téléphonie, ils imaginent du blanchiment d’argent.

 

ND: D’accord ! Il y a vraiment une idée préconçue à déconstruire.

T: C’est ça ! Et pour y arriver, ça passe par la qualité, l’accompagnement, la relation. On essaye vraiment de mettre l’accent sur ça. De l’extérieur, on veut que les gens voient, comprennent qu’on prend vraiment le temps d’expliquer les choses notamment avec les personnes âgées. Et c’est tout ça qui finit par te donner de la légitimité.  Le fait que ce soit des personnes âgées qui parlent de bien en nous ça nous rend d’autant plus crédibles, car c’est des personnes que tu ne vois pas souvent dans ce type de boutique.

Je vais te raconter un truc qui m’est arrivé: il y a une dame qui devait faire une réparation chez nous pour un montant de 15€. Au moment de payer, elle me donne 30€. Elle me dit de prendre l’argent en me disant: “Comme ça, si un jour quelqu’un ne peut pas payer vos services, j’aurais payé à sa place.” Je ne savais même pas que ça pouvait exister !

ND: C’est un exemple super parlant !

T: C’est ça qui me donne envie de me lever le matin. Et tu vois l’air de rien, on a beaucoup de signaux comme ça, qui nous montrent qu’on est sur la bonne voie. Quand t’as des journées merdiques, c’est ça qui te maintient. Je pense que quand t’es vraiment sérieux dans ton délire, tu finis toujours par y arriver. Tu ne seras pas forcément le meilleur, mais ça paye toujours.

Si ça ne paye pas, c’est qu’à un moment tu as arrêté.  Et puis, nos clients, nous disent vachement de choses pour nous améliorer. Ils ont toutes les infos. Nous, derrière, on a plus qu’à appliquer.

ND: La base c’est plus que jamais le client !

T: Ouais ! Et d’où l’importance de bien choisir ses clients ! Si tu choisis mal tes clients, ils vont seulement t’apprendre des choses qui te seront néfastes. Il faut cibler les bons.

ND:  Là, tu m’as l’air de bien vivre ta vie d’entrepreneur, mais est-ce que tu regrettes après t’être lancé ?

T:  Ben, dans mon ancienne vie, je ne comptais pas mon argent. J’avais pas tout ce stress. Mais en soi, je l’aime bien ce stress. Tu sais quoi en fait, le stress ça va. Mais, c’est plus le fait de compter l’argent. Même le temps...J’ai l’impression de pas en avoir assez, mais ce qu’on fait est tellement gratifiant.Tu rencontres plein de gens.

Si je devais aller voir les gens, je leur  dirais: “Faites votre truc, lancez-vous !” Après je sais que ce n’est pas l’envie de tout le monde. Mais il y a tellement de gens que je n’aurais pas rencontrés sans ça.

Et puis les gens aiment aider les autres. C’est encore plus vrai quand tu lances ton entreprise. Les gens veulent se dire qu’ils ont contribué à ton succès. Il y a quelques clients, on a raté leur réparation, mais ils reviennent quand même. Et ça , je pense que c’est dû à la relation qu’on a créée avec eux.

Tu vois, c’est tous ces clients qui nous donnent envie de faire l’effort supplémentaire, d’aller parfois travailler le dimanche ou de fermer un peu plus tard.

ND: Last question: et si tu avais quelque chose à dire au Tad d’il y a deux ans et demi ?

T: Je lui dirais de faire pareil. Le fait de m’être fait jeter à plusieurs reprises fait que je suis comme ça. Pas de regret, je voudrais qu’il fasse les mêmes erreurs bêtes. Parce que c’est comme ça que tu comprends. Mais c’est tellement passionnant ! 

 

Retrouve plus d'infos sur Mobile HS !

 

"/>

Booste ta boîte

Prénom & Nom*: E-mail*: Téléphone: Ville*: Message:

Me contacter

Nasser Massadimi

Bordeaux, 33000

06 38 32 97 00

nouveauxdetours@gmail.com